Comment écrire un haïku? Comment progresser ?
Est-ce que le tercet que j'écris est un haïku ?
Ce sont des questions que l'on se pose dès qu'on a commencé à en écrire un peu .
Je vais essayer de vous donner quelques éléments de réponse, mais je ne ne prétends pas qu'elle soit unique , c'est mon
interprétation de ce que j'ai lu, appris sur le sujet .
Le haïku est un long apprentissage où il s'agit de faire « ressentir »
(et non de dire) les sensations ou émotions.
Le haïku, l'art de suggérer
l'instant fugitif, la retenue,
le non-dit, l'implicite
Ce qui me semble le plus important , avant même la rythmique ,
c'est
-
l'ancrage du haïku dans le « présent immédiat ».
Ce qui n'empêche pas d'évoquer le passé et le futur (avec subtilité )
-
l'ancrage du haïku dans une saison
Une règle d’écriture du haïku importante est de toujours utiliser un mot ou
une expression permettant de situer le tercet dans une des quatre saisons : printemps, été, automne et hiver. Ces mots, au-delà de la
mention elle-même de la saison, peuvent désigner des animaux associés à la saison, des végétaux, fleurs ou arbres, des activités
humaines ou des phénomènes naturels ; ils sont appelés kigo .
Le mot de saison est donc explicite, par exemple Printemps ou
suggestif, par exemple "brin de muguet" , kigo de Printemps car il fleurit au printemps, "Hirondelle" annonçant le printemps , c'est un kigo de
printemps..
- l'ancrage du haïku dans le monde physique, l’environnement et dans notre imaginaire.
Le haïku parle de perceptions concrètes » issues de nos seuls « cinq sens ».
Le haïku est l'art de suggérer une impression sous-jacente, une impression plus ou moins déductible par le lecteur sans la lui imposer explicitement.
Il est difficile de faire ressentir une impression, une sensation, une émotion ;
Au lecteur de ressentir selon sa perception des choses et son humeur du moment.
Les sentiments ressentis ne sont pas exprimés directement mais évoqués par une image naturelle
- Un haïku est « un instantané » ,
un peu comme une photo bien composée avec 2 plans : avant-plan et arrière-plan
Il est bien d'en faire ressentir l'espace entre les 2 plans
C'est l'espace dans lequel le lecteur est susceptible de se glisser...
C'est une respiration entre les 2 phrases indépendantes qui composent le haïku
sans redondance de mots , pour atteindre le point focal là où on veut mener le lecteur,
Attention : Éviter de placer une césure qui COUPERAIT la suite logique d'une expression.
Astuce : mettre à plat le haïku en séparant les 2 phrases indépendantes ..placer la césure entre les 2 soit en fin de ligne , soit en début de ligne (voir au milieu de L2)
-
le détachement de l’auteur.
Le haïku ne se contente pas de décrire les choses, il nécessite le détachement de l’auteur.
Selon Bashô, un poème achevé doit révéler dans le même temps l’immuable, l’éternité qui
nous déborde (marqué par le kigo, mot-saison présent dans le haïku) et le fugitif (l'éphémère) qui nous traverse (petitesse du poème). Toute l’ambiguïté est là : le haïku parle
des choses simples, triviales, des choses de tous les jours, le long des chemins sans gloire de la vie quotidienne
-
Simplicité (mais pas simpliste)
Un enfant doit pouvoir comprendre la signification du haïku : pas de héros, ni de supers
pouvoirs. C’est “simplement ce qui arrive en tel lieu à tel moment” (Bashô).
Sobre, précis, subtil, dense, sans artifice littéraire, il évite les marques habituelles du poétique, telles
la rime et la métaphore.
Le haïku est un poème ouvert où chacun puisse y trouver son propre sens.
il y a deux tendances :
1 sans ponctuation , avec majuscule en début de chaque ligne
Exemples :
2 avec ponctuation habituelle :
. , ; - -- ... , ! etc, une majuscule en début de tercet , et après un point.
Pour ma part, j'ai commencé avec la tendance 1), et maintenant je préfère et suis la tendance 2 , cela me semble
plus proche de la réalité.
Tout est question de dosage. Un peu de ponctuation (surtout pour la césure) mais pas trop , ponctué chaque ligne (, .
etc...) alourdit le haïku .. et rompt la fluidité .
Il n’exclut cependant pas l’humour, les figures de style, mais tout cela doit être utilisé avec parcimonie. Il
doit pouvoir se lire en une seule respiration et de préférence à voix haute. Il incite à la réflexion. C’est au lecteur qu’il revient de se créer sa propre image. » (Wikipedia : Haïku)
-
17 syllabes réparties en trois lignes de 5, 7 et 5 syllabes. (on verra les adaptations à cette règle
classique)
Mais cette rythmique est controversée, la tendance actuelle de laisser cette contrainte au bénéfice d'une rythmique libre ... Cependant il est vivement conseiller de garder le
court/long/court (aux exceptions près ) ... Personnellement il m'a fallu des années pour comprendre que l'on peut être très incisif en se dégageant de cette contrainte ...
La traduction en français des haïkus des Maîtres Japonais n'est presque jamais en 17 syllabes originales.
Au Japon, les haïkus s'écrivent généralement sur une seule ligne, la rythmique est le plus
souvent dictée par la forme 5/7/5 ancrée depuis des millénaires dans les oreilles nippones.
La forme 5/7/5 est recommandée pour les haïkus en langue française, mais il faut oublier de "farcir" les lignes de mots inutiles, redondats, orphelins pour l'atteindre .
"Ecrire 3 lignes de 5-7-5 " ne suffit pas pour qualifier
un tercet de haïku
trois conditions doivent être réunies :
1° un ancrage dans l'instant
2° aucun jugement
3 ° des mots concrets
Dans un haïku , des non-dits sont perceptibles :
"5-7-5" est un concept de base, mais non strictement requis ni dans le passé, ni maintenant.
La plupart des haïku suivent cette exigence, mais il y a des exceptions. Ce n’est pas indispensable, ni ne l’était dans le passé.
Des haïku « free style » sont aussi reconnus comme étant des haïku.
Cependant, il est recommandé aux novices de respecter cette règle.
Un des plus grands maîtres de haïku aurait dit « respectez la règle, mais pour être vraiment un auteur de haïku, vous devez être libéré de la règle ».5-7-5 permet d’avoir un bon rythme en
japonais, mais ce n’est pas nécessaire, et ce ne l’était pas non plus dans le passé.
" ji-amari" qui signifie “des syllabes en plus” et "ji-tarazu " qui signifie des “syllabes en moins” sont aussi acceptables.
C’est la signification du haïku qui est la plus importante.
Le haïku, (prononcez A- I - Cou ) terme créé par Masaoka Shiki (1867-1902), est un petit
poème qui fait partie de la culture et du patrimoine japonais, et dont la paternité est attribuée à Matsuo Bashō (1644-1694).
Il s’agit d’un poème extrêmement bref visant à dire l’évanescence des choses : un moment de la vie, un instant de
nature au rythme des saisons.